Enquête 2009-2010 sur les apprenant(e)s en FOAD (3ème année)

En 2007, l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) lance un appel d’offres pour le suivi, durant trois années consécutives, des apprenant(e)s inscrit(e)s à l’une des formations ouvertes et à distance (FOAD) soutenues par l’Agence.

Un consortium de quatre universités d’Europe et d’Amérique - Université de Mons-Hainaut (Belgique), Université de Genève (Suisse), Université de Strasbourg (France) et Université de Montréal (Canada-Québec) - est alors retenu pour la réalisation de cette étude.

L’enquête a pour objectifs de mieux connaitre :

  • Le profil sociologique des participants
  • Les motivations des participants à suivre une formation ouverte et à distance
  • Les représentations que les participants se font de l’enseignement à distance
  • Les éventuelles difficultés que les participants rencontrent
  • Les éventuels profits que les participants ont tirés des diplômes acquis

En 2010, l’enquête a concerné les promotions 2009-2010 et s’est attaché notamment à mesurer les éventuelles différences de résultats et de perceptions des apprenants(e)s entre les formations proposés par les établissements européens et les universités du« Sud ».

 Synthèse de l’enquête

Le questionnaire destiné aux étudiants poursuivant actuellement une FOAD a reçu 775 réponses au total. Le questionnaire destiné aux étudiants ayant récemment été diplômés d’une FOAD a reçu 288 réponses au total. Cela représente un total de 1063 participants à l’enquête, une indication d’un fort taux de participation.

 Conclusion et comparaison des résultats de l’an I (promotions 2007-2008), de l’an II (promotions 2008-2009) et de l’an III (promotions 2009-2010)

Nous pouvons maintenant reprendre les résultats principaux que nous avons dégagés de nos analyses en ce qui concerne le profil sociologique et technologique des participants, leur motivation à suivre une FOAD, leurs représentations vis-à-vis des FOAD, leurs difficultés et leur satisfaction ainsi que les bénéfices qu’ils en ont tirés. Ce faisant, nous comparerons ces résultats avec ceux qui ont été obtenus lors des deux premières années de la recherche, afin de dégager des tendances stables d’une année à l’autre.

Concernant le profil sociologique des participants, nous pouvons retenir que les deux sous-échantillons de notre étude (participants poursuivant et ayant fini une FOAD) ont des représentations homogènes au chapitre du sexe, de l’âge, du contexte matrimonial, familial et socioculturel, ainsi que du type d’emplois et des années d’expérience professionnelle. Par conséquent, les participants poursuivant et ayant fini une FOAD ne semblent pas se différencier autrement que par le degré d’avancement dans leur formation. Ce portrait sociologique est influencé par les critères de sélection élaborés par l’AUF, ce qui explique pourquoi il est semblable à celui des participants de l’an I (promotions 2007-2008) et II (promotions 2008-2009). Le profil moyen des participants aux FOAD soutenues par l’AUF est un homme d’environ 35 ans, situé dans le contexte socioculturel des zones urbaines africaines francophones, diplômé du premier, deuxième ou du troisième cycle et déjà en fonction. Dans cette perspective, les FOAD interviennent essentiellement dans la première moitié du cheminement professionnel et sont davantage envisagées dans la perspective d’une formation continue que d’une formation initiale.

En ce qui concerne le profil technologique des participants, notons tout d’abord que les participants poursuivant actuellement une FOAD semblent mieux équipés que ceux des années précédentes. En effet, 94 % des pour- suivants ont un ordinateur à la maison, contre73 % en l’an II (2008-2009) et 68 % ont accès à Internet, contre 44 % en l’an II (2008-2009). Nous avons aussi dégagé une divergence au sein des participants poursuivant une FOAD quant à leur profil technologique. Les jeunes participants (30 ans et moins) se connectent davantage au bureau ; tandis que les répondants âgés de 31 à 40 ans se connectent davantage dans les cybercafés. Cette tendance semble contraster avec celles des résultats de l’an I (promotions 2007-2008) et II (promotions 2008-2009) lesquels indiquent que plus les participants sont âgés et expérimentés, plus ils disposent d’un meilleur équipement informatique à domicile, ce qui leur permet à priori de suivre leur FOAD à la maison. Au contraire, les participants plus jeunes et moins expérimentés compensent leur manque d’équipement informatique en utilisant davantage les campus numériques francophones de l’AUF (promotions 2007-2008 et 2008-2009) ou l’équipement de leur bureau
(promotion 2009-2010).

En ce qui concerne les problèmes informatiques, les répondants jeunes et moins expérimentés rencontrent moins de problèmes informatiques que les répondants plus âgés et plus expérimentés. Une piste d’explication probable serait que les répondants plus jeunes et moins expérimentés ont des compétences technologiques plus élevées, ce qui leur permet de pallier un certain nombre de problèmes technologiques par eux-mêmes. Cette hypothèse a déjà été posée lors des années précédentes et semble à mettre en lien avec le fait que les répondants les plus jeunes et les moins expérimentés sont davantage familiers avec les fonctionnalités du Web 2.0., ce qui indique sans doute un niveau de « littératie technologique » plus élevé, à l’inverse des répondants plus âgés, qui éprouvent plus de difficultés avec des logiciels spécialisés tels que les logiciels de conception de page Web. Nous pouvons conclure qu’il s’agit ici d’un écart de compétences d’origine générationnelle.

Une autre différence observée avec la variable âge concerne l’aspect relationnel de la FOAD. En effet, les répondants les plus âgés et les plus expérimentés sont plus satisfaits des aspects relationnels tels que l’ambiance
de travail et la relation entre apprenants que les autres répondants, ce qui a déjà été observé lors des années précédentes. En revanche, ils perçoivent plus fortement que les autres répondants (en matière de représentation et d’insatisfaction) le rythme et le volume de travail des FOAD. Ce résultat peut sans doute s’expliquer par le fait qu’ils sont restés désengagés d’une démarche de formation professionnelle depuis plus longtemps que les autres répondants. La reprise d’une formation serait donc perçue comme plus intense, ce à quoi s’ajoutent possiblement des compétences technologiques (voir les résultats ci-dessus). Notons que ces résultats congruents avec ceux de l’an II (promotion 2008-2009) et vont à l’inverse de ceux qui ont été obtenus avec les promotions de l’an I (promotion 2007-2008). Il s’agit d’une tendance générale chez les répondants. En effet, si les aspects relationnels (ambiance de travail ; échanges et communications entre les apprenants et avec les enseignants ; conflits entre les apprenants et avec les enseignants) et pédagogiques (supports et documentation de cours, méthodes d’enseignement, évaluations et examens et durée de la formation) sont hautement satisfaisants pour la grande majorité des répondants, plusieurs aspects organisationnels tels que la quantité (volume de travail) et le temps imparti (rythme de travail ; échéances de remise des travaux) sont plus discutés parmi les répondants, ce qui confirme nettement la tendance observée durant l’an I (promotions 2007-2008) et II (promotions 2008-2009). Il semblerait donc qu’une partie des répondants se situent à la limite de ce qu’ils peuvent fournir sur le plan de l’investissement de temps et d’efforts, ce qui peut s’expliquer par le fait qu’ils cumulent généralement, parallèlement au suivi d’une FOAD, un emploi et, éventuellement, une activité secondaire.

Les résultats présentés jusqu’ici ont principalement mis en exergue des différences dues aux variables « âge » et « expérience professionnelle », lesquelles sont intimement liées. Nous avons également dégagé des différences, bien que plus faibles, entre les hommes et les femmes. Ces différences concernent principalement des aspects techniques et relationnels. Par exemple, les logiciels de base et les logiciels spécialisés tels que des logiciels de conception de page Web posent plus de difficultés aux femmes. Nous pouvons donc avancer l’hypothèse qu’elles ont des compétences techniques plus faibles que les hommes, hypothèse déjà présente lors des années précédentes (promotions 2007-2008 et 2008-2009). La même hypothèse peut être posée pour les répondants suivant une formation du « Sud ». Toutefois, pour l’ensemble des participants, les FOAD ne posent pas de difficultés technologiques particulières, hormis pour des applications plus spécialisées telles que des logiciels de conception de page Web ou des pannes de courant et des pannes du réseau Internet. Les compétences technologiques ne forment donc pas un enjeu pour la réussite des FOAD, ce que nous avions déjà noté lors des années précédentes (promotions 2007-2008 et 2008-2009).

De plus, les femmes recourent davantage aux collègues sur place et aux formateurs ou aux informaticiens que les hommes lorsqu’elles rencontrent des problèmes techniques, bien que l’ensemble des répondants semble recourir davantage à des stratégies informelles (recourir à d’autres apprenants ou à des collègues sur place) que formelles (formateurs ; informaticiens ; tuteurs). Ces stratégies de résolution de problèmes correspondent en tous points à celles observées pour les répondants des années précédentes (promotions 2007-2008 et 2008-2009). Enfin, il est intéressant de noter que les hommes et les répondants des formations du « Sud » perçoivent plus fortement que les femmes les apports mutuels des apprenants dans les FOAD. Il semblerait donc qu’ils aient une vision plus collaborative de l’apprentissage par les FOAD, ce qui vient doubler la dimension collective fortement perçue par l’ensemble des répondants, toutes variables confondues. Cette tendance a déjà été observée lors des années précédentes, ce qui nous avait amenés à conclure que les femmes ont une perception plus individuelle des FOAD que les hommes. Pareillement, les répondants suivant une formation du « Nord » semblent avoir une conception nettement plus individuelle des FOAD que les répondants des formations du « Sud ».

Concernant les bénéfices tirés des FOAD, les résultats nous indiquent qu’ils sont globalement positifs pour l’ensemble des participants. Alors que les répondants de la promotion 2007-2008 rapportaient un certain écart entre les bénéfices liés au développement professionnel et ceux qui sont liés à des changements professionnels concrets, les répondants de l’an III (promotion 2009-2010) semblent apprécier davantage l’impact concret de la FOAD sur leur situation de travail. Soulignons par contre que les bénéfices retirés de la FOAD ne sont pas semblables pour tous les groupes de participants. Le sentiment de compétence accru est davantage présent chez les hommes et chez les répondants ayant suivi une FOAD du Sud. Par ailleurs, l’impact perçu sur le salaire est davantage rapporté chez les répondants plus jeunes et moins expérimentés. Enfin, étant donné le fort pourcentage de répondants prêts à poursuivre une autre FOAD, nous avons posé l’hypothèse que le suivi d’une FOAD représente un bénéfice s’inscrivant dans un plan de carrière plus large et sur le moyen ou long terme.

Enfin, soulignons que 87 % des répondants sont restés dans leur pays de résidence une fois leur diplôme obtenu. La motivation à suivre une FOAD semble donc être de l’ordre du développement socioprofessionnel sur place plutôt que d’une migration vers les pays riches. D’ailleurs, l’espoir de continuer les études dans une université du Nord est un motif secondaire par rapport à d’autres tels que le développement personnel et l’avancement professionnel. Ces deux premiers motifs nous amènent à penser que la motivation à suivre une FOAD ne dépend pas des caractéristiques propres à la FOAD. Plus précisément, le choix de suivre une FOAD plutôt qu’une formation en présentiel semble intervenir en second lieu, lorsque les individus ont déjà décidé de s’engager dans une démarche de développement professionnel.

Le rapport-synthèse est également disponible dans son intégralité en consultant le fichier joint.

Rapport synthèse 3ème année - 614.3 ko PDF
614 ko
Rapport synthèse 3ème année

Les résultats détaillés sont également consultables sur le site de l’étude : http://auf.crifpe.ca/